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Sécurité incendie en hôtellerie-restauration et établissement de nuit : obligations, bonnes pratiques et retours d’expérience

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Un rappel essentiel : pourquoi la sécurité incendie est une priorité absolue

Dans un établissement recevant du public (ERP) comme un restaurant, un bar ou un hôtel, la sécurité incendie n’est pas une option, mais une obligation légale. Elle protège non seulement vos clients et votre personnel, mais elle garantit aussi la pérennité de votre activité en cas de contrôle ou d’incident.

La récente tragédie survenue dans un bar de Crans-Montana (Suisse), où un incendie a fait une quarantaine de morts et plus de 100 blessés lors d’une soirée de Nouvel An, rappelle tragiquement l’importance de ces règles. Des manquements tels que absences d’inspections, sorties de secours mal signalées ou bloquées, et matériaux très inflammables sont pointés du doigt dans l’enquête en cours.

Obligations réglementaires clés pour un ERP

1. Rédiger et tenir à jour son 

Document Unique d’Évaluation des Risques (DUERP)

Le DUERP est obligatoire pour tous les employeurs. Il doit recenser tous les risques, dont le risque incendie, et définir des mesures de prévention adaptées.

Une mise à jour au moins annuelle ou à chaque changement significatif est requise.

2. Respecter les règles de classement et de conformité des locaux

Chaque ERP est classé selon sa capacité d’accueil et son usage.

Ce classement détermine :

  • les matériaux autorisés (ignifugés, coupe-feu),
  • les systèmes de compartimentage,
  • l’installation d’alarme et de détection.

L’absence ou le mauvais choix de ces éléments peut rendre l’établissement dangereux en cas de sinistre.

3. Plans d’évacuation et signalétique obligatoire

  • Plans d’évacuation visibles dans toutes les zones fréquentées ;
  • Signalisation lumineuse de sécurité conforme (BAES / blocs autonomes d’éclairage de sécurité) pour garantir une évacuation même en cas de coupure de courant ;
  • Issues de secours libres de tout encombrement et accessibles à tout moment.

Un accident souvent aggravé est celui où des sorties sont obstruées ou mal indiquées comme l’ont relevé plusieurs rapports d’accidents graves dans divers pays.

4. Équipements de lutte contre l’incendie

Au minimum, un ERP doit être doté de :

extincteurs adaptés aux risques (Classe A, B, C, selon zones) ces extincteurs sont à baliser et à suspendre à l’aide de crochet;

RIA (Robinet d’Incendie Armé) si requis par la réglementation locale ;

système d’alarme audible et/ou visuelle.

Le matériel doit être contrôlé une fois par an, avec des registres de maintenance à jour. Référence : norme NF S 61-919 et Code du travail

5. Formation du personnel & exercices réguliers

Les obligations ne s’arrêtent pas aux murs et aux extincteurs :

  • former vos équipes à la prévention des incendies ;
  • organiser des exercices d’évacuation ;
  • savoir utiliser un extincteur ;
  • connaître les rôles en cas d’alerte.

Des témoignages d’incidents soulignent que le manque de formation du personnel aggrave souvent la situation lors d’un départ de feu.

6. Contrôles périodiques et inspections officielles

En France, les ERP doivent être inspectés régulièrement par les services de sécurité (Pompiers / commission de sécurité) selon leur catégorie.

Un manquement à ces visites peut entraîner :

  • fermeture administrative,
  • amendes,
  • voire des poursuites pénales en cas d’accident.

Dans le cas de l’incendie de l’établissement suisse, il est apparu que les inspections n’avaient pas été réalisées depuis plusieurs années, ce qui pose une question forte sur l’importance de ces contrôles.

7.Spécificité pour les établissements de nuit (type P)

Les établissements de nuit (discothèques, clubs, bars dansants) font partie des ERP à risques renforcés. La combinaison de forte densité de public, ambiance sombre, musique élevée, consommation d’alcool et utilisation d’effets spéciaux impose des exigences de sécurité incendie beaucoup plus strictes que dans un restaurant classique.

En discothèque, la sécurité incendie ne se voit pas… jusqu’au jour où elle sauve des dizaines de vies.

Anticiper, former et contrôler, c’est protéger son public et son établissement.

Des obligations réglementaires renforcées

Les discothèques sont classées en ERP de type P, avec des règles spécifiques prévues par le Code de la construction et de l’habitation.

Capacité d’accueil strictement contrôlée

  • La capacité maximale autorisée est définie par la commission de sécurité.
  • Elle doit être :
    • affichée clairement,
    • strictement respectée.

Le dépassement de jauge est l’une des causes majeures de drames lors d’incendies en établissements de nuit.

Systèmes de sécurité incendie (SSI) obligatoires

Les établissements de nuit doivent disposer :

  • d’un système d’alarme incendie performant et audible, même en présence de musique forte ;
  • de détecteurs automatiques adaptés ;
  • parfois d’un système de désenfumage mécanique ;
  • d’une coupure automatique des installations sonores lors du déclenchement de l’alarme.

L’alarme doit être immédiatement perceptible par le public et le personnel, sans ambiguïté.

Éclairage de sécurité renforcé (BAES)

  • BAES obligatoires dans tous les cheminements, escaliers et sorties ;
  • visibilité renforcée malgré l’obscurité ;
  • tests mensuels et maintenance annuelle impératifs.

Dans un environnement sombre, un BAES défaillant peut rendre toute évacuation impossible.

Sorties de secours : accès, signalisation et dégagement

  • Nombre de sorties de secours proportionnel à la capacité du public ;
  • portes ouvrant dans le sens de l’évacuation ;
  • aucun verrouillage, ni cadenas, ni obstacle ;
  • signalisation lumineuse claire, visible même en conditions de fumée.

Rideaux, tentures, décors ou mobilier ne doivent jamais masquer ou réduire l’accès aux issues.

Matériaux, décors et effets spéciaux sous surveillance

  • Décors, tentures, mousses acoustiques : classement au feu obligatoire ;
  • Interdiction des matériaux hautement inflammables ;
  • `Utilisation soumise à autorisation préalable et à des mesures compensatoires :
    • machines à fumée,
    • effets pyrotechniques,
    • flammes décoratives

Plusieurs catastrophes internationales ont été aggravées par l’utilisation de matériaux non ignifugés.

Formation du personnel et gestion de foule

Dans un établissement de nuit, le personnel joue un rôle clé :

  • formation spécifique à la gestion d’évacuation en ambiance festive ;
  • désignation de responsables sécurité identifiables ;
  • consignes claires sur :
    • l’arrêt immédiat de la musique,
    • l’accompagnement du public,
    • la gestion de la panique.

Un personnel formé peut éviter un mouvement de foule, souvent plus meurtrier que l’incendie lui-même.

8. Les sanctions et amendes encourues en cas de manquement

Infractions aux règles de sécurité incendie (ERP)

  • Amende jusqu’à 1 500 €
  • 3 000 € en cas de récidive

Par infraction constatée (absence de contrôle, matériel non conforme, registre manquant, etc.)

Contravention de 5ᵉ classe – Code de la construction et de l’habitation

Absence de registre de sécurité ou registre non tenu à jour

  • 1 500 € par manquement
  • Autant de sanctions que d’éléments non conformes

C’est l’un des motifs les plus fréquents de verbalisation lors des contrôles.

Sanctions administratives

En cas de manquements graves ou répétés, l’autorité administrative (mairie / préfecture) peut décider de :

  • Mise en demeure avec délai de mise en conformité
  • Fermeture administrative temporaire ou définitive
  • Interdiction d’accueillir du public

La fermeture peut être immédiate si la sécurité des personnes est jugée compromise.

Responsabilité pénale du dirigeant

En cas d’accident corporel ou mortel :

  • Jusqu’à 1 an de prison
  • Jusqu’à 15 000 € d’amende

Pour mise en danger de la vie d’autrui

Et en cas de décès :

  • Homicide involontaire
  • Peines pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison et 75 000 € d’amende

La responsabilité du gérant ou exploitant est engagée même s’il délègue la gestion technique.

Autres conséquences souvent sous-estimées

  • Refus d’indemnisation par l’assurance
  • Hausse des primes
  • Atteinte à l’image de l’établissement
  • Responsabilité civile envers les victimes

Ne pas réaliser les contrôles obligatoires coûte toujours plus cher que les faire.

En matière de sécurité incendie, la négligence n’est jamais considérée comme une excuse.

Conseils pratiques pour être prêt en cas d’inspection

  • Faites vérifier vos plans d’évacuation et BAES par un expert certifié ;
  • Retirez tout obstacle devant les issues et couloirs ;
  • Établissez un planning de maintenance des extincteurs, alarmes et éclairages de secours ;
  • Gardez une traçabilité écrite de toutes les formations et exercices ;
  • Mettez à jour le DUERP après chaque modification de configuration ou d’usage de vos locaux ;
  • Adaptez vos règles aux capacités maximales autorisées.

Bonus : impliquez votre équipe dans une culture de sécurité proactive (scènes d’accueil, briefings, check-lists quotidiennes)

Cela sauve des vies.

En conclusion

La sécurité incendie n’est pas seulement une case à cocher : c’est un pilier de la gestion de vos établissements. En combinant conformité réglementaire, formation continue et prévention active, vous protégez vos clients, vos salariés et votre activité. L’incendie de Crans-Montana nous rappelle que derrière chaque procédure se cachent des vies humaines et que les normes existent pour une raison.

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