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Tout comprendre sur les PFAS en agroalimentaire aussi appelés « polluants éternel »

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Ces dernières années, les PFAS se sont imposés comme un sujet majeur, à la croisée des enjeux sanitaires, environnementaux et industriels. Longtemps invisibles, ces substances sont pourtant omniprésentes dans notre quotidien, notamment via les emballages alimentaires et de nombreux matériaux issus du “tout plastique” qui s’est développé depuis des décennies.

Au-delà de leur présence généralisée, les PFAS suscitent aujourd’hui une forte inquiétude en raison de leurs effets potentiels sur la santé : certaines études évoquent des perturbations hormonales, des effets sur le système immunitaire ou encore des risques accrus pour certaines pathologies.

Aujourd’hui, leur mise en lumière marque un véritable tournant. Elle interroge directement nos habitudes de consommation, mais aussi les pratiques des industriels de l’agroalimentaire, pour qui l’eau et les matériaux au contact des aliments sont au cœur des procédés. Entre évolution réglementaire et attentes croissantes des consommateurs, les PFAS pourraient bien représenter un bouleversement durable de notre rapport à l’alimentation.

Pour mieux comprendre ces enjeux et anticiper les changements à venir, nous avons posé la question à un expert du sujet : 

M Cyril Faignaert – Responsable technique environnement. Société COELYS Groupe ISPIRA

Q : Bonjour M Faignaert, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Cyril Faignaert : Bien sûr. Je travaille depuis plusieurs années sur les problématiques liées à la qualité de l’eau et aux contaminants émergents dans l’environnement, notamment les PFAS. Mon rôle consiste à accompagner les industriels et les acteurs publics dans la compréhension des risques, des obligations réglementaires et des solutions analytiques disponibles.

Q : Comment définir simplement les PFAS ?

C.F. : Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, sont une grande famille de composés chimiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. On les retrouve dans de nombreux produits du quotidien : emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incendie, maquillages waterproof…

Le problème, c’est qu’ils sont extrêmement persistants dans l’environnement et dans le corps humain. On les appelle d’ailleurs souvent les “polluants éternels”.

Q : Pourquoi parle-t-on autant des PFAS aujourd’hui ?

C.F. : Parce qu’on prend de plus en plus conscience de leur présence généralisée, notamment dans l’eau. Les progrès analytiques permettent aujourd’hui de détecter ces substances à des concentrations très faibles.

En parallèle, les études scientifiques mettent en évidence des effets potentiels sur la santé : perturbations hormonales, effets sur le système immunitaire, voire certains cancers pour les composés les plus étudiés.

Q : Justement, que dit la réglementation aujourd’hui ?

C.F. : La réglementation évolue très rapidement. En Europe, une étape clé est la directive sur l’eau potable qui impose désormais le suivi de certains PFAS.

Concrètement, deux paramètres sont à surveiller :

  • La somme de 20 PFAS spécifiques
  • Le paramètre “PFAS total”

Des seuils ont été fixés, avec une obligation de conformité progressive pour les États membres.

NDLT : 

Limite qualité

  • Somme de 20 PFAS spécifiques : 0,10 µg/L (soit 100 ng/L)
  • PFAS totaux : 0,50 µg/L (soit 500 ng/L)

Q : Et en 2026, qu’est-ce qui change concrètement ?

C.F. : 2026 est une année charnière. À partir de cette date, les exigences deviennent pleinement applicables pour le contrôle de l’eau potable avec l’application de la directive européenne 2020/2184 sur l’eau potable, transposée en France notamment par la loi du 27 février 2025 et le décret n°2025-1287. Les PFAS deviennent un paramètre obligatoire du contrôle sanitaire, avec une limite de qualité à respecter. Cela rend leur surveillance incontournable pour tous les acteurs, en particulier dans l’agroalimentaire.

Cela implique :

    • Une surveillance renforcée des PFAS
    • Des méthodes analytiques plus sensibles et normalisées
  • Une responsabilité accrue des exploitants et des industriels

Les laboratoires doivent être capables de quantifier ces substances à des niveaux très bas, ce qui représente un vrai défi technique.

Q : Quelles conséquences pour les professionnels de l’agroalimentaire ?

C.F. : Elles sont multiples. Les industriels de l’alimentaire sont directement concernés car l’eau est une matière première essentielle dans leurs procédés.

Ils doivent donc :

  • Vérifier la qualité de leur eau d’entrée (réseau ou forage)
  • Évaluer les risques de contamination dans leurs process
  • Intégrer les PFAS dans leurs plans de contrôle sanitaire

Cela peut aussi impacter leur image de marque, car les consommateurs sont de plus en plus sensibles à ces sujets.

Q : Est-ce que cela signifie plus d’analyses ?

C.F. : Oui, clairement. On observe déjà une augmentation des demandes d’analyses PFAS, et cette tendance va s’accélérer.

Les entreprises doivent anticiper en :

  • Identifiant les points critiques
  • Mettant en place des plans d’échantillonnage adaptés
  • Travaillant avec des laboratoires accrédités

Q : Les méthodes d’analyse sont-elles fiables aujourd’hui ?

C.F. : Elles le sont de plus en plus, mais restent complexes. L’analyse des PFAS nécessite des équipements de pointe et une expertise spécifique.

Il faut aussi éviter toute contamination croisée, car ces substances sont présentes partout, y compris dans certains matériaux de laboratoire.

Q : Quelles sont les solutions pour diminuer les PFAS ?

Il n’existe pas de solution unique, mais plutôt un ensemble de leviers complémentaires. Du côté du traitement de l’eau, des technologies comme le charbon actif, les résines échangeuses d’ions ou encore l’osmose inverse permettent de retenir efficacement les PFAS. Ce sont aujourd’hui les solutions les plus utilisées, notamment pour sécuriser l’eau dans les industries agroalimentaires mais cela a un coût.

Mais le point le plus important, c’est d’agir en amont pour limiter leur présence. Cela passe d’abord par la substitution des PFAS : par exemple, revoir certains emballages alimentaires pour éviter les traitements fluorés, ou remplacer des produits de nettoyage et auxiliaires technologiques contenant des PFAS par des alternatives sans ces substances.

Il faut également travailler sur la maîtrise des rejets industriels. Concrètement, cela signifie identifier les étapes où des PFAS peuvent être introduits dans les process — comme les eaux de lavage ou certains usages spécifiques — puis mettre en place des actions ciblées : séparation des flux contaminés, prétraitement des effluents ou amélioration des pratiques internes.

Q : Que conseilleriez-vous à une entreprise agroalimentaire qui souhaite se préparer ?

C.F. : Trois choses essentielles :

  1. S’informer : comprendre les enjeux et la réglementation
  2. Évaluer : analyser son exposition réelle aux PFAS
  3. Anticiper : mettre en place dès maintenant des actions de surveillance

Q : Pour conclure, doit-on s’inquiéter ?

C.F. : Il faut surtout être vigilant et proactif. Les PFAS représentent un enjeu majeur, des solutions existent mais sont coûteuses. Il est important que les autorités publiques prennent en main ce sujet car le meilleur moyen pour ne pas retrouver de PFAS dans l’environnement est de ne plus en produire.

Les entreprises qui anticipent seront celles qui s’adapteront le mieux aux évolutions réglementaires et aux attentes du marché.

Merci M Cyril Faignaert pour cet éclairage précieux sur un enjeu majeur pour les professionnels de l’agroalimentaire.

https://www.linkedin.com/in/cyril-faignaert-9386bb239/

https://www.linkedin.com/company/coelys/

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