Depuis juin 2025, des bouteilles et bocaux consignés sont proposés dans plusieurs centaines de magasins français. Portée par Citeo, l’expérimentation ReUse teste une boucle de réemploi des emballages à grande échelle.
Un an après son lancement, les premiers résultats montrent l’intérêt des consommateurs, mais aussi plusieurs défis : améliorer la visibilité de l’offre, faciliter le retour des contenants et élargir le nombre de références disponibles.
Plus de 500 000 produits vendus dans des emballages réemployables
ReUse est déployée en Bretagne, en Normandie, dans les Pays de la Loire et dans les Hauts-de-France.
Au cours de sa première année, 663 000 produits conditionnés dans des emballages réemployables ont été mis sur le marché. Environ 518 000 ont été vendus, avec une progression des ventes mensuelles jusqu’à 67 000 unités en mai 2026.
Le dispositif rassemble 362 points de vente, six enseignes, 52 marques et 169 références. Chaque magasin propose en moyenne 17,5 références réemployables.
Les emballages standardisés de la gamme R-Cœur représentent 70 % des volumes. L’utilisation de formats communs facilite la collecte, le transport et le lavage des contenants.
Un taux de retour encore insuffisant
Après un an, 108 000 emballages ont été rapportés, soit un taux de retour moyen de 24 %. Ce résultat reste encore insuffisant pour assurer le fonctionnement durable d’une boucle de réemploi.
Les écarts sont importants selon les territoires. Le taux de retour atteint 52 % dans les Pays de la Loire, contre environ 10 % en Normandie et dans les Hauts-de-France. Certaines références de jus, d’eau ou de lait dépassent même 60 %.
Ces résultats montrent que la consigne fonctionne mieux lorsque les produits et les points de retour sont clairement identifiés. Une machine peu visible ou un manque d’information peut, au contraire, décourager les consommateurs.
Le prix, un élément décisif
Le positionnement tarifaire joue également un rôle majeur.
Lorsqu’un produit réemployable est vendu au même prix, ou moins cher que son équivalent jetable, il peut représenter jusqu’à 50 % des ventes de la référence concernée. Coopérative U a notamment observé cette dynamique avec son jus de pomme bio sous marque de distributeur.
Le consommateur semble donc prêt à choisir un emballage consigné, à condition de ne pas subir de surcoût important. Pour rendre le modèle accessible, les industriels et les distributeurs doivent notamment mutualiser les contenants, la collecte et les infrastructures de lavage.
La pédagogie en magasin favorise les retours
Le fonctionnement de la consigne n’est pas toujours évident pour un client qui la découvre : montant de la consigne, lieu de retour, remboursement ou consignes de rinçage.
Les actions de sensibilisation menées dans les magasins ont produit des résultats concrets. Selon Go ! Réemploi, les taux de retour ont progressé de 20 % après les animations. Environ 400 journées ont permis de rencontrer plus de 35 000 clients.
Une signalétique claire, des explications courtes en rayon et des équipes formées peuvent donc faciliter l’adoption du réemploi des emballages.
Une offre encore trop discrète dans les rayons
Une enquête publiée par Zero Waste France apporte toutefois un regard plus critique sur le déploiement de ReUse.
Dans les magasins visités, le dispositif n’était visible dès l’entrée que dans environ un point de vente sur deux. La signalétique en rayon était jugée incomplète dans 63 % des établissements. L’enquête relevait également une moyenne de 8,8 références disponibles.
L’expérience a obtenu une note moyenne de 2,56 sur 5. Les principales difficultés concernaient le manque de choix, la localisation des machines et certains écarts de prix défavorables aux emballages réemployables.
Même si cette enquête ne couvre pas nécessairement le même périmètre que le bilan des opérateurs, elle souligne un point essentiel : le réemploi doit être suffisamment visible pour ne pas rester marginal face aux emballages jetables.
Quels enseignements pour les professionnels du CHR et de l’agroalimentaire ?
L’expérimentation concerne principalement la grande distribution, mais ses résultats intéressent aussi les cafés, hôtels, restaurants et entreprises agroalimentaires.
Selon l’ADEME, les boissons consommées dans le secteur CHR, ainsi que les bières et cidres commercialisés en magasin, présentent un fort potentiel de réemploi.
Plusieurs conditions semblent indispensables :
- utiliser des contenants standardisés ;
- proposer une offre régulière et suffisamment large ;
- expliquer clairement le fonctionnement de la consigne ;
- prévoir un point de retour simple et accessible ;
- former les équipes en contact avec les clients ;
- travailler avec des opérateurs locaux de collecte et de lavage ;
- suivre les taux de retour et le nombre de rotations.
Dans un restaurant, une brasserie ou chez un traiteur, le réemploi peut concerner les bouteilles, les fûts, les bacs de transport ou les contenants destinés à la vente à emporter.
La réussite repose sur la coordination de toute la chaîne : fabricants, producteurs, distributeurs, établissements, logisticiens, opérateurs de lavage et consommateurs.
Un bilan encourageant, mais encore fragile
Avec plus d’un demi-million de produits vendus, ReUse montre que les emballages réemployables peuvent trouver leur place dans les habitudes d’achat.
Le taux de retour moyen de 24 % rappelle toutefois que la mise à disposition de contenants consignés ne suffit pas. Le dispositif doit être visible, compréhensible, accessible et compétitif.
Le changement d’échelle dépendra donc de la qualité de l’organisation : une offre identifiable, une consigne facile à comprendre et un retour sans contrainte.
Citeo vise désormais 450 points de vente à la fin de l’année 2026, avant un éventuel déploiement national à partir de 2027.
Sources
- Rayon Boissons — « Réemploi : le bilan de ReUse en chiffres », publié le 29 juin 2026. https://www.rayon-boissons.com/distribution/reemploi-le-bilan-de-reuse-en-chiffres
- Citeo — « Le réemploi se déploie dans quatre régions françaises », publié le 12 novembre 2025. https://www.citeo.com/le-mag/le-reemploi-se-deploie-dans-4-regions-francaises/
- ADEME, Observatoire national du réemploi et de la réutilisation — « Le réemploi des emballages ». https://observatoire-reemploi-reutilisation.ademe.fr/emballages
- Citeo — « Construire, expérimenter et financer le développement du réemploi ». https://www.citeo.com/construire-experimenter-et-financer-le-developpement-du-reemploi/
- Zero Waste France — « Bilan de l’expérimentation ReUse », publié en juin 2026. https://www.zerowastefrance.org/wp-content/uploads/2026/06/zwf-bilan-reuse-consigne-reemploi-juin2026.pdf

