Le Plan Santé au Travail 2026-2030 a été présenté le 5 juin 2026. Cette nouvelle feuille de route nationale fixe les priorités de la politique de prévention des risques professionnels pour les cinq prochaines années. Elle prolonge le précédent plan tout en intégrant désormais la prévention des accidents du travail graves et mortels.
Pour les hôtels, cafés, restaurants, traiteurs et établissements de nuit, ce plan ne crée pas, à lui seul, une série de nouvelles obligations immédiatement applicables. Il indique cependant la direction prise par les pouvoirs publics et les organismes de prévention. Ses priorités doivent donc être prises en compte dès maintenant dans l’évaluation des risques, la formation des équipes et l’organisation du travail.
Un plan centré sur la prévention primaire
Le Plan Santé au Travail, ou PST, constitue depuis 2004 le cadre stratégique partagé par l’État, les partenaires sociaux et les principaux acteurs de la santé au travail. Sa cinquième édition couvre la période 2026-2030.
Le plan comprend 50 actions principales organisées autour de quatre axes : développer la culture de prévention, prévenir les risques professionnels, préserver la santé tout au long de la vie professionnelle et anticiper les crises ainsi que les risques émergents.
L’objectif est de renforcer la prévention primaire. Autrement dit, les entreprises sont encouragées à agir sur les causes des accidents, des maladies professionnelles et de l’usure avant que les dommages ne surviennent.
Cette approche suppose de ne pas limiter la sécurité à des consignes ou à la fourniture d’équipements. Elle invite aussi les employeurs à interroger les locaux, le matériel utilisé, les horaires, les effectifs, la charge de travail et les pratiques managériales.
Prévenir davantage les accidents graves et mortels
La prévention des accidents du travail graves et mortels figure parmi les priorités majeures du plan. Une attention particulière doit être portée aux jeunes travailleurs, aux intérimaires et aux personnes récemment arrivées dans l’entreprise.
Cette orientation concerne directement le secteur CHR, qui accueille régulièrement des apprentis, des saisonniers, des extras et des salariés changeant de poste. Ces travailleurs peuvent connaître imparfaitement les locaux, les équipements ou les procédures internes.
Dans un restaurant ou un hôtel, les risques peuvent notamment concerner :
- les chutes de plain-pied ;
- les coupures et les brûlures ;
- les manutentions manuelles ;
- l’utilisation de machines et d’équipements de cuisine ;
- les déplacements dans des zones encombrées ;
- les livraisons et déplacements professionnels ;
- les interventions réalisées seul ;
- le travail de nuit.
L’accueil sécurité ne devrait donc pas se limiter à la remise d’un livret ou à la signature d’un document. Il doit comprendre une présentation concrète du poste, des démonstrations, la vérification de la compréhension des consignes et, lorsque cela est nécessaire, une période d’accompagnement par un salarié expérimenté.
Pour être efficace, cette procédure doit aussi être adaptée au profil du nouvel arrivant. Un apprenti découvrant le métier, un saisonnier connaissant déjà le secteur et un intérimaire intervenant pour quelques jours n’auront pas les mêmes besoins.
Mieux intégrer la santé des femmes au travail
Le PST 2026-2030 place également la santé des femmes parmi ses priorités. Il prévoit notamment de mieux prendre en compte les différences d’exposition aux risques, d’adapter les équipements de protection individuelle et de renforcer la prévention des violences sexistes et sexuelles.
Dans les établissements CHR, cette réflexion peut conduire à vérifier si les vêtements professionnels, chaussures de sécurité, gants ou autres équipements existent réellement dans des tailles et des coupes adaptées à toutes les morphologies.
Un équipement mal ajusté peut être inconfortable, limiter les mouvements et réduire la protection attendue. Fournir un équipement théoriquement conforme ne suffit donc pas : celui-ci doit aussi être utilisable dans les conditions réelles de travail.
L’évaluation des risques doit également éviter une approche trop générale. Les postes occupés, les tâches réellement réalisées, les horaires, le travail de nuit, l’exposition aux produits d’entretien, les manutentions ou les situations de travail isolé peuvent produire des effets différents selon les personnes et l’organisation retenue.
La prévention doit enfin intégrer les situations de harcèlement, d’agissements sexistes, de violences internes ou d’incivilités commises par des clients. Les salariés doivent savoir à qui signaler une situation et quelles mesures peuvent être prises rapidement.
Anticiper les fortes chaleurs et les risques climatiques
Le dérèglement climatique est identifié comme un risque émergent majeur. Pour les professionnels de l’hôtellerie-restauration, cette priorité est particulièrement concrète : cuisines déjà chaudes, terrasses exposées au soleil, livraisons, plonge, blanchisserie, étages non climatisés ou locaux techniques peuvent devenir difficiles à supporter lors des épisodes de chaleur intense.
Le risque lié aux fortes chaleurs doit déjà être évalué dans le document unique. Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail prévoit des mesures renforcées lorsque les travailleurs sont exposés à des épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur.
L’établissement doit anticiper ces périodes et prévoir des mesures adaptées :
- mettre à disposition de l’eau potable et fraîche en quantité suffisante ;
- adapter les horaires lorsque l’activité le permet ;
- aménager des pauses supplémentaires ;
- améliorer la ventilation des locaux ;
- réduire ou reporter les efforts physiques les plus intenses ;
- organiser une rotation des tâches ;
- surveiller les salariés particulièrement vulnérables ;
- informer les équipes sur les signes d’un coup de chaleur ;
- définir une procédure claire en cas de malaise.
Dans une cuisine, la température ambiante ne suffit pas à évaluer le risque. Il faut également tenir compte de l’humidité, de la chaleur produite par les fours et plaques de cuisson, de la tenue professionnelle, des efforts réalisés et de la durée d’exposition.
Il est donc préférable de préparer un protocole avant l’été plutôt que d’improviser au moment d’une alerte météorologique.
Faire de la santé mentale un sujet de prévention
La santé mentale et la prévention des risques psychosociaux occupent une place importante dans le nouveau plan. Le PST souhaite notamment rendre les outils de prévention plus accessibles aux employeurs et mieux intégrer la qualité de vie et des conditions de travail dans les démarches de prévention.
Dans le secteur CHR, ces risques peuvent être alimentés par :
- les horaires décalés ;
- les journées avec coupure ;
- les pics d’activité ;
- les changements fréquents de planning ;
- le manque d’effectif ;
- les relations difficiles avec certains clients ;
- les incivilités ;
- le travail de nuit ;
- le manque de récupération ;
- les tensions entre la salle, la cuisine et l’encadrement.
La prévention ne consiste pas seulement à inviter les salariés à mieux gérer leur stress ou à leur proposer une intervention ponctuelle sur le bien-être.
L’employeur doit rechercher les facteurs directement liés au travail : charge excessive, consignes contradictoires, absence de soutien, conflits récurrents, manque d’autonomie, planning instable, comportements inappropriés ou impossibilité de prendre les temps de repos nécessaires.
Ces éléments doivent être évalués dans le document unique et déboucher sur des actions concrètes. Cela peut passer par une meilleure anticipation des plannings, des temps de transmission entre les équipes, une procédure de signalement connue, la formation des managers ou des règles claires face aux violences et au harcèlement.
Prévenir l’absentéisme et l’usure professionnelle
Le PST souhaite aussi renforcer la prévention de l’absentéisme et le maintien en emploi. L’objectif n’est pas de considérer l’absence comme un simple problème individuel, mais de rechercher les facteurs professionnels susceptibles de la favoriser.
Les troubles musculosquelettiques, la fatigue, les horaires atypiques, les gestes répétitifs et la station debout prolongée sont particulièrement présents dans les métiers de salle, de cuisine, d’entretien et d’hébergement.
Des actions parfois simples peuvent réduire l’usure professionnelle :
- revoir la hauteur des plans de travail ;
- limiter le port manuel de charges ;
- utiliser des aides à la manutention ;
- alterner les tâches répétitives ;
- entretenir et remplacer le matériel défectueux ;
- aménager les réserves pour rendre les produits accessibles ;
- réduire les déplacements inutiles ;
- associer les salariés à la recherche de solutions.
Le service de prévention et de santé au travail peut également accompagner l’établissement pour adapter un poste, préparer une reprise après un arrêt ou éviter qu’un problème de santé ne conduise à une rupture durable avec l’emploi.
Le DUERP reste le point de départ
Le Plan Santé au Travail 2026-2030 n’est pas une loi. Il ne remplace donc pas les obligations déjà prévues par le Code du travail.
L’employeur reste tenu de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent notamment des actions de prévention, d’information et de formation ainsi que la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés.
Le document unique d’évaluation des risques professionnels, ou DUERP, est obligatoire dès l’embauche du premier salarié. Il doit recenser les risques auxquels les travailleurs sont exposés et assurer la traçabilité collective de ces expositions.
Il ne doit pas être conçu comme un simple document administratif destiné à satisfaire un contrôle. Il doit refléter les situations réellement observées dans l’établissement et conduire à des actions de prévention adaptées.
Pour un établissement CHR, sa mise à jour peut notamment porter sur :
- l’accueil des apprentis, saisonniers, extras et intérimaires ;
- les chutes, coupures, brûlures et manutentions ;
- les fortes chaleurs ;
- les risques psychosociaux ;
- les violences internes et externes ;
- le travail de nuit ou isolé ;
- les produits chimiques et les produits d’entretien ;
- l’ergonomie des postes ;
- l’adaptation des équipements à toutes les morphologies ;
- les déplacements et les livraisons.
Les entreprises d’au moins onze salariés doivent mettre à jour leur DUERP au moins une fois par an. Une actualisation est également nécessaire lorsqu’une décision modifie les conditions de travail ou lorsqu’une nouvelle information concernant un risque apparaît.
Le Passeport de prévention poursuit son déploiement
Le Passeport de prévention permet de centraliser certaines informations concernant les formations suivies par les travailleurs en matière de santé et de sécurité.
Son espace destiné aux employeurs est ouvert depuis le 16 mars 2026. Les entreprises peuvent notamment y déclarer les formations éligibles qu’elles dispensent directement à leurs salariés et vérifier les informations déclarées par les organismes de formation.
Pour les employeurs du secteur CHR, ce dispositif implique de mieux organiser le suivi des formations : sécurité incendie, utilisation de certains équipements, sauveteur secouriste du travail, gestes et postures ou autres formations directement liées à la prévention des risques.
Il reste nécessaire de vérifier quelles formations entrent effectivement dans le périmètre des déclarations, toutes les actions de sensibilisation interne n’étant pas automatiquement concernées.
Quelles actions engager dans son établissement ?
Les professionnels n’ont pas besoin d’attendre la déclinaison régionale du plan pour agir. Une première feuille de route peut être construite autour de sept actions.
1. Relire le DUERP avec les équipes
Les salariés connaissent les difficultés du terrain et peuvent identifier des risques qui ne sont pas toujours visibles par la direction. Les associer à l’évaluation permet de rendre le document plus réaliste.
2. Vérifier l’accueil des nouveaux arrivants
L’établissement peut créer une procédure adaptée aux apprentis, extras, saisonniers et intérimaires : visite des locaux, présentation des risques, démonstrations, personne référente et validation des compétences nécessaires.
3. Formaliser un protocole fortes chaleurs
Le protocole doit préciser les mesures prises selon le niveau d’alerte, les personnes responsables, les adaptations possibles et la conduite à tenir en cas de malaise.
4. Identifier les causes organisationnelles de stress
Les plannings, la charge de travail, les horaires, les tensions entre services et les incivilités doivent être analysés comme de véritables facteurs de risque.
5. Contrôler les équipements de protection
Les chaussures, gants et vêtements doivent être adaptés aux tâches, aux conditions de travail et aux différentes morphologies présentes dans l’établissement.
6. Suivre les formations
L’employeur doit savoir quelles formations ont été suivies, à quelle date, par quels salariés et quand un renouvellement doit être organisé.
7. Solliciter les acteurs de la prévention
Le service de prévention et de santé au travail, la Carsat, l’INRS ou les organisations professionnelles peuvent fournir des outils, des conseils et un accompagnement adapté.
Ce qu’il faut retenir
Le Plan Santé au Travail 2026-2030 fixe le cap de la prévention professionnelle pour les cinq prochaines années. Il insiste particulièrement sur les accidents graves et mortels, la santé des femmes, les risques climatiques, la santé mentale et la prévention de l’absentéisme.
Il ne crée pas, à lui seul, de nouvelles obligations immédiatement opposables aux entreprises. Ses priorités devraient toutefois orienter les actions des pouvoirs publics, des services de santé au travail et des organismes de prévention jusqu’en 2030.
Pour les hôtels, cafés et restaurants, l’enjeu est surtout de traduire ces orientations dans la réalité du terrain : mieux accueillir les nouveaux salariés, actualiser le DUERP, anticiper la chaleur, agir sur l’organisation du travail et prévenir l’usure professionnelle.
Sources
Plan Santé au Travail 2026-2030 – Ministère du Travail et des Solidarités
https://travail-emploi.gouv.fr/le-plan-sante-au-travail-2026-2030
Lancement du Plan Santé au Travail 2026-2030 – Ministère du Travail et des Solidarités
https://travail-emploi.gouv.fr/lancement-du-plan-sante-au-travail-2026-2030-par-le-ministre-du-travail-et-des-solidarites-le-5-juin-2026
Lancement du Plan Santé au Travail 2026-2030 – INRS
https://www.inrs.fr/actualites/lancement-plan-sante-travail-2026-2030.html
Document unique d’évaluation des risques professionnels – Service Public Entreprendre
https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F35360
Article L. 4121-1 du Code du travail – Légifrance
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000035640828/
Article L. 4121-3-1 du Code du travail relatif au DUERP – Légifrance
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043893919
Travail à la chaleur : réglementation – INRS
https://www.inrs.fr/risques/chaleur/reglementation.html
Passeport de prévention – Ministère du Travail et des Solidarités
https://passeport-prevention.travail-emploi.gouv.fr/

