Le Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France (GHR) a officiellement interpellé le gouvernement après la décision d’autoriser l’enseigne HEMA à accepter les titres-restaurant. Une décision qui suscite une vive incompréhension chez les professionnels de la restauration et relance le débat sur le sens du dispositif des titres-restaurant actuel.
Sur le terrain, cette décision est loin d’être anodine et faire l’unanimité. Pour de nombreux restaurateurs, elle donne le sentiment que le titre-restaurant s’éloigne toujours davantage de sa fonction première, au profit d’un élargissement des usages au profit des enseignes généralistes.
Un dispositif qui s’éloigne de sa vocation initiale
À l’origine, les titres-restaurant ont été créés pour permettre aux salariés de financer un repas consommé hors domicile pendant la journée de travail, en soutenant à la fois le pouvoir d’achat et l’activité des restaurateurs.Au fil des années, l’autorisation d’acheter des produits alimentaires non immédiatement consommables en grande distribution voit le jour. Pour le GHR, l’agrément accordé à HEMA marque une nouvelle étape préoccupante qui s’éloigne de la raison initiale du dispositif.
En effet, l’enseigne, dont l’offre alimentaire reste marginale et largement composée de produits de snacking et de confiserie, ne correspond ni à l’esprit de l’utilisation des titres-restaurant, ni même aux principes d’un repas équilibré. Son cœur d’activité demeurant avant tout la vente de produits de décoration et d’objets du quotidien.
Une concurrence jugée déloyale pour les restaurateurs
Selon Catherine Quérard, présidente du GHR, cette évolution se fait au détriment direct des restaurateurs. Le secteur aurait perdu près d’1,5 milliard d’euros en trois ans au profit de la grande distribution et des enseignes non spécialisées dans la restauration.
Pour beaucoup de professionnels, cette situation crée un sentiment de concurrence profondément déséquilibrée. Les restaurants, soumis à des contraintes sanitaires, sociales et économiques fortes, se retrouvent mis sur le même plan que des enseignes dont l’activité alimentaire reste accessoire.
Dans un contexte déjà marqué par l’inflation, la hausse des charges et les difficultés de recrutement, la baisse de l’utilisation des titres-restaurant dans les établissements traditionnels fragilise encore davantage un secteur où les fermetures se multiplient.
Des règles d’agrément jugées trop permissives
Aujourd’hui, l’agrément permettant d’accepter les titres-restaurant est délivré par la Commission Nationale des Titres-Restaurant (CNTR). Il est accessible non seulement aux restaurateurs, mais aussi aux commerces dits « assimilés », dès lors qu’ils déclarent vendre des produits consommables comme repas.
Pour le GHR, le problème est clair : aucune exigence n’est posée sur la part réelle de l’activité de restauration ou alimentaire dans le chiffre d’affaires des enseignes agréées.
Résultat : des enseignes dont l’offre repose principalement sur des produits sucrés ou ultra-transformés peuvent prétendre au même agrément qu’un restaurant proposant des repas complets et consommés sur place.
Le GHR demande une intervention rapide de l’État
Face à cette situation, le GHR appelle le gouvernement à :
- revoir les critères d’agrément afin de les aligner strictement sur l’objet initial des titres-restaurant ;
- suspendre immédiatement tout nouvel agrément accordé à des enseignes non spécialisées dans l’alimentaire, dans l’attente d’une révision des textes.
L’organisation alerte également sur un risque plus large : à force d’élargir les usages, le titre-restaurant pourrait perdre son statut spécifique et voir sa pérennité remise en cause, notamment dans un contexte où des projets de taxation sont évoqués. Sans cadre plus strict, le titre-restaurant risque de devenir un simple moyen de paiement alimentaire parmi d’autres, vidé de sa spécificité.
Un débat de fond sur le modèle alimentaire
Derrière cette polémique, une question de fond se pose : souhaite-t-on continuer à soutenir une restauration de qualité, ancrée dans les territoires et créatrice d’emplois ?
Ou accepter que le titre-restaurant se transforme progressivement en un outil de consommation généralisé, sans lien réel avec la santé des salariés ni avec l’économie locale ?
Le GHR se dit prêt à travailler avec l’État pour faire évoluer le dispositif. Encore faut-il que cette évolution ne se fasse pas au détriment des restaurateurs, déjà fragilisés, et qu’elle redonne du sens à un outil qui, à l’origine, n’avait rien d’anodin.
