Formations Food Business · CHR, toutes les formes de restauration, métiers de bouche et agroalimentaire

09 81 00 02 28
Conseils réglementaires

Vidéosurveillance dans les restaurants : ce que les sanctions de la CNIL rappellent aux professionnels

Une caméra au-dessus de la caisse, une autre près de l’entrée, parfois une troisième dans la réserve : dans un restaurant, filmer certains espaces peut…

After All
Illustration de l’article « Vidéosurveillance dans les restaurants : ce que les sanctions de la CNIL rappellent aux professionnels »
Le terrain d’abord

Une caméra au-dessus de la caisse, une autre près de l’entrée, parfois une troisième dans la réserve : dans un restaurant, filmer certains espaces peut sembler naturel pour protéger les personnes et les biens. Mais l’emplacement des caméras, l’information donnée aux personnes filmées et la durée de conservation des images comptent autant que la raison de les installer.

Le sujet est revenu dans l’actualité avec un bilan publié par la CNIL en juillet 2026. Depuis janvier, elle avait prononcé 23 sanctions dans le cadre de sa procédure simplifiée, pour un total de 133 750 euros d’amendes. Parmi les organismes concernés figuraient plusieurs entreprises de restauration rapide, sanctionnées notamment pour l’exploitation d’un dispositif sans autorisation préfectorale ou pour la surveillance permanente de salariés. CNIL

Une précision est essentielle : ces 23 sanctions ne concernent pas toutes des restaurants ni toutes la vidéo. Le bilan couvre aussi, entre autres, les cookies et le non-respect des droits des personnes. Il indique également que 19 des 23 procédures ont eu pour origine une plainte. Ces chiffres montrent l’attention portée au sujet, sans permettre de dresser un bilan propre à la restauration.

Filmer pour sécuriser, oui. Surveiller chaque geste, non.

La différence se joue souvent dans le cadrage. Une caméra orientée vers une entrée ou une caisse peut répondre à un objectif de sécurité. Une caméra qui garde un salarié dans son champ pendant toute sa journée de travail pose une autre question : filme-t-on un lieu à protéger ou suit-on la personne qui y travaille ?

La CNIL rappelle qu’une surveillance vidéo permanente des salariés n’est pas admise sans circonstances exceptionnelles qui la justifient. Son bilan 2025 faisait déjà état de 16 organismes sanctionnés pour des manquements aux règles de vidéosurveillance des salariés. Dans un restaurant, cela invite à regarder concrètement ce que chaque caméra enregistre : le comptoir et les mouvements d’argent, ou le visage et les gestes de l’employé pendant tout son service ?

Salle, comptoir, réserve : les règles varient selon la zone filmée

La première vérification porte sur les lieux. Lorsqu’un dispositif filme un espace ouvert au public, comme l’entrée, la salle ou le comptoir, une autorisation préfectorale est nécessaire. Pour des espaces non ouverts au public, tels qu’une réserve ou une zone réservée au personnel, la CNIL indique qu’aucune déclaration auprès d’elle n’est requise. Cela ne dispense pas l’établissement de respecter les règles de protection des données et la vie privée des salariés.

Un même restaurant peut donc avoir des caméras soumises à des exigences différentes selon leur champ de vision. Avant de raisonner en nombre de caméras, mieux vaut reprendre le plan de l’établissement et vérifier, image par image, les zones effectivement filmées.

Les images ne doivent pas rester accessibles indéfiniment

Installer un enregistreur capable de stocker plusieurs mois de vidéo ne signifie pas qu’il faut conserver les images aussi longtemps. La durée doit correspondre à l’objectif poursuivi. Selon la CNIL, quelques jours suffisent généralement pour constater un incident et engager les démarches nécessaires ; en principe, la conservation n’excède pas un mois. L’accès aux images doit, lui aussi, être réservé aux personnes habilitées dans le cadre de leurs fonctions. CNIL

Ce point mérite une attention particulière lorsque le gérant peut consulter les caméras depuis son téléphone. Cet accès doit être sécurisé et ne doit pas devenir un moyen de commenter à distance le travail des équipes au fil du service.

Informer clairement clients et salariés

Un pictogramme de caméra à l’entrée ne raconte pas, à lui seul, tout ce que les personnes filmées ont besoin de savoir. La CNIL demande une information visible sur le dispositif : pourquoi les images sont enregistrées, combien de temps elles sont conservées et auprès de qui exercer ses droits, notamment. Les salariés doivent eux aussi connaître les conditions dans lesquelles leurs images sont traitées.

Pour un établissement déjà équipé, le plus utile est souvent de faire un tour sur place en se posant quatre questions simples : que voit chaque caméra, pourquoi filme-t-elle cette zone, qui peut regarder les images et quand sont-elles effacées ? Les réponses permettent ensuite de vérifier l’autorisation des caméras qui filment les espaces ouverts au public et la qualité de l’information affichée.

La vidéosurveillance peut avoir sa place dans un restaurant. Les décisions de la CNIL rappellent toutefois qu’un dispositif pensé pour la sécurité doit rester limité à cet objectif. Un cadrage revu à temps, des accès maîtrisés et une durée de conservation adaptée protègent aussi bien les personnes filmées que l’établissement.

WhatsApp